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Hommage à Germaine Mounier

En avril dernier, alors que j’avais été invité, Salle Cortot à Paris, au concert des lauréats du Concours International de Piano Albert Roussel, j’eus l’idée d’écrire un article sur sa fondatrice, Germaine Mounier, grande figure de l’enseignement pianistique français de la deuxième moitié du XXème siècle et que Gabriel Tacchino évoque avec une vive admiration et une reconnaissance émouvante au cours des entretiens que je viens de réaliser avec lui, entretiens qui vont paraître prochainement.

Née en 1920, Germaine Mounier étudia le piano d’une part avec Magda Tagliaferro, la célèbre pianiste franco-brésilienne disciple d’Alfred Cortot, et d’autre part avec Yves Nat au Conservatoire de Paris où elle obtint son Prix. Elle débuta alors une carrière de concertiste, proposant des programmes de récital d’une densité comme on n’en fait plus de nos jours, et obtenant partout où elle se produisait des louanges unanimes. Puis, elle arrêta soudainement les concerts et se consacra exclusivement à l’enseignement. Professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, elle enseigna également de nombreuses années à l’Ecole Normale de Musique de Paris – Alfred Cortot. Citer tous les pianistes qu’elle forma serait une gageure, tant le nombre est imposant de ceux qui ont fait par la suite une brillante carrière de concertiste ou de professeur. Par ailleurs, elle participa en 1983, en tant que Vice-Présidente de la Société Chopin, à la création du Festival Chopin de Bagatelle.

L’enseignement était chez Germaine Mounier un sacerdoce. Maternelle avec ses élèves, elle était cependant d’une exigence et d’une sévérité qui en rebuta plus d’un. Invitée très fréquemment au Japon et en Corée du Sud, elle trouva là des étudiants qui, habitués à une pédagogie plutôt autoritaire, considéraient sa manière d’enseigner comme naturelle, si bien qu’elle put former de très nombreux pianistes asiatiques qui obtinrent d’excellents résultats et transmirent à leur tour les principes hérités de cette ambassadrice de l’école française de piano d’après-guerre. Très attachée aux doigtés, à la couleurs – fidèle en cela à Walter Gieseking avec qui elle avait étudié un temps -, aux plans sonores ainsi qu’aux phrasé (« dessiner les phrases ! »), Germaine Mounier était intraitable quant au respect du texte (« notre métier est celui d’interprète, pas celui de compositeur ! ») et ne supportait pas les propositions arrogantes de certains jeunes qui n’hésitaient pas à dénaturer les œuvres pour affirmer leur personnalité. Soucieuse de participer au rayonnement de la musique française, elle qui, enfant, avait eu la chance de jouer devant Ravel, Germaine Mounier avait à cœur de faire étudier à ses élèves les compositeurs français.

Disparue en 2006, Germaine Mounier nous laisse ce Concours International Albert Roussel qu’elle avait fondée en 1993 et qui avait lieu à Sofia, en Bulgarie. Après sa mort, c’est Jenny Zaharieva qui reprit la direction artistique, et depuis bientôt deux ans, la pianiste concertiste et pédagogue Aïda Marcossian, elle-même élève de Germaine Mounier, préside le concours avec la passion et l’efficacité qu’on lui connaît. Michel Le Borgne, fils de Germaine Mounier, en est le Président d’honneur.

Le 14ème Concours International de piano Albert Roussel aura lieu cette année pour la première fois à Paris. Il se tiendra fin juillet et comportera une première épreuve « Récital » comprenant notamment La Ronde d’Albert Roussel et une deuxième épreuve finale « Concerto avec orchestre » mi septembre. Ainsi la mémoire de cette grande dame du piano continuera de se perpétuer au sein des nouvelles générations de pianistes.

Frédéric Boucher, pour aubonheurdupiano.com, 4 février 2020

GM

2 commentaires sur “Hommage à Germaine Mounier

  1. MICHEL LE BORGNE
    7 février 2020

    Cher Frédéric Boucher,

    Je vous adresse un grand bravo et l’expression de mon émotion à la lecture de votre article en hommage à ma mère Germaine Mounier.
    Elle aurait eu 100 ans aujourd’hui 7 Février. Votre hommage n’en a que plus de pertinence.
    C’est avec des initiatives de cette nature et, notamment le Concours Albert Roussel que je m’efforce de perpétuer sous la Présidence d’Aïda que son message pédagogique traversera le temps.
    Encore merci.
    Michel Le Borgne

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    • Au bonheur du piano
      7 février 2020

      Un grand merci à vous pour votre commentaire si sympathique.
      A la suite de cet article qui a eu beaucoup de succès sur Facebook, j’ai créé un « groupe » Germaine Mounier où ses anciens élèves sont invités à publier leurs souvenirs de l’enseignement qu’ils ont reçu de votre mère.

      J'aime

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Cette entrée a été publiée le 4 février 2020 par .
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