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L’excellent spectacle de Pascal Amoyel au Théâtre du Ranelagh

On a déjà beaucoup écrit sur le dernier spectacle de Pascal Amoyel au Théâtre du Ranelagh, Looking for Beethoven.

Le pianiste, déjà réputé pour ses excellents spectacles comme, Le Pianiste aux cinquante doigts et Le Jour où j’ai rencontré Franz Liszt, nous propose cette fois une immersion dans l’univers beethovénien au moyen d’un voyage au cœur des trente-deux sonates.

Il faut d’abord saluer la performance de l’artiste : être à la fois acteur et pianiste est loin d’être facile, or c’est avec une aisance confondante que Pascal Amoyel passe de l’un à l’autre. Sa voix au timbre séduisant, son intonation naturelle, sa diction claire et jamais ennuyeuse alternent avec des exécutions pianistiques dignes du talent qu’on lui connaît.

Parler de musique classique à un public non musicien est un exercice extrêmement difficile. Deux approches s’affrontent souvent et, de mon point de vue, sans grand succès :  l’explication musicologique qui se veut vulgarisatrice mais utilise malgré tout un vocabulaire trop technique et finalement peu compréhensible d’un public non spécialiste, les rapprochements hasardeux entre détails biographiques et inspiration musicale n’ouvrant aucune porte significative pour appréhender véritablement les œuvres.

Pascal Amoyel a su contourner ces deux écueils. Tout en cheminant à travers les trente-deux sonates, il arrive à parler de détails compositionnels mais d’une manière intelligible pour tous et toujours dans l’objectif d’aider l’auditeur à percevoir plus clairement l’univers beethovénien. Et de la vie et du caractère de Beethoven, il n’en a extrait que ce qui réellement améliore la compréhension du sens de son œuvre. Il n’y a rien d’étonnant à ce que trois années aient été nécessaires à Pascal Amoyel pour mettre ce spectacle au point car tout y a été pesé, millimétré pour être à la fois précis, pertinent et toujours passionnant. Jusqu’à la surprise de la fin, alors qu’on s’étonnait in petto de l’absence d’un élément d’importance et qu’on se rend compte que, placé à cet endroit inattendu, il y acquiert une telle force que ce coup de génie nous apparaît aussitôt comme une évidence !

On ne peut que louer chaleureusement l’artiste d’avoir partagé avec tant de talent, d’intelligence, d’émotion et d’ingéniosité son amour pour ce compositeur et ses sonates, de nous avoir rendu vivant ce personnage que la légende a tant dénaturé, d’avoir si bien mis en avant l’aspect profondément humain du message beethovénien.

Mais il y a un autre point qui m’a particulièrement frappé : ce spectacle est également une invitation à découvrir la réalité tangible de la musique classique qui, il faut bien le reconnaître, échappe à la grande majorité de nos concitoyens, y compris aux intellectuels, lesquels regardent notre art souvent de haut et avec un sourire amusé. Cette réalité, c’est l’importance de l’écriture et de l’agencement du discours musical, c’est le génie de l’inspiration d’un compositeur, c’est le fait que composer est pour le compositeur à la fois une nécessité et une mission, c’est aussi le travail et la réflexion de l’interprète devant les textes musicaux, c’est enfin le fait que la musique classique n’est pas un art d’agrément mais un art à haute portée esthétique comme la poésie ou la peinture… On ne peut pas sortir du spectacle de Pascal Amoyel sans avoir compris cela !

Renseignements et réservations : Théâtre Le Ranelagh

Frédéric Boucher, pour aubonheurdupiano.com, 5 octobre 2019

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Cette entrée a été publiée le 5 octobre 2019 par .
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